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Bonjour, merci, merci d'être là. On m'a demandé
de venir parler un peu avec vous de ce film que vous venez de voir
et de Jean-Luc Godard, je vais essayer de vous en dire quelques
mots.
Mais avant de parler dans la position comme ça un peu du
professeur où je me trouve maintenant et que je n'aime pas
beaucoup, je voudrais dire qu'aujourd'hui je crois que l'immensité
du travail accompli par Godard, depuis qu'il travaille, pas seulement
depuis qu'il fait des films (comme lui-même l'a dit souvent,
il faisait déjà des films avant de pouvoir se servir
d'une caméra, quand il était critique aux Cahiers
du Cinéma), l'immensité du travail accompli interdit
tout à fait de prétendre " commenter ",
comme si on était au-dessus, en surplomb, l'oeuvre de Godard.
On peut seulement essayer de faire un nouveau petit chemin dans
cette énorme forêt, un chemin qui ne sera pas meilleur,
j'espère pas pire non plus que beaucoup d'autres chemins
qui ont été déjà tracés dans
son travail.
On dit souvent que les grands artistes font toujours la même
oeuvre, je crois que ce n'est pas vrai, que c'est un peu paresseux
comme façon de considérer le travail des grands artistes,
en revanche je crois qu'on peut dire qu'à chaque moment l'oeuvre
qu'ils font - si cet artiste est un cineaste: le film qu'ils font
- nous dit quelque chose de l'ensemble de leur oeuvre depuis le
début, c'est-à-dire, remet en jeu ce qu'ils ont fait
d'une certaine maniegrave;re, et le réussit plus ou moins
bien. Et pour moi une des qualités de Notre Musique,
c'est d'être une sorte de remise en jeu de tout le travail,
de tout l'art de Jean-Luc Godard depuis ses débuts.
Godard fait quelque chose d'assez particulier, même par rapport
agrave; ses amis de la Nouvelle Vague, aux autres grands cinéastes
de sa génération, du groupe dont il était membre,
dont il était très proche. Il s'est posé une
question que très peu de gens se sont posée. Et cette
question qu'on peut trouver absurde, c'est A quoi ca sert le
cinema ?
Presque tout, pratiquement tous les cinéastes, ont fait
comme si ça allait de soi de faire du cinéma, et qu'il
n'y avait pas à se demander à quoi ça sert
le cinéma. Ils ont essayé de faire des choses, certaines
très audacieuses, très difficiles, très aventureuses,
d'autres moins, plus conformistes, plus dans la banalité.
Mais des gens qui n'ont cessé de se poser, de se reposer
la question mais à quoi ça sert de faire du cinéma,
en en faisant, sont très rares. Oui, peut-être que
Godard est le seul finalement à avoir maintenu cette question
depuis plus de 50 ans maintenant.
Quelque chose qui est pour moi très émouvant, très
beau dans le cinéma de Jean-Luc Godard, dans l'oeuvre de
JLG, c'est qu'il a toujours donné des réponses qui
sont contradictoires entre elles, il n'est jamais arrivé
à une réponse unique, et quand il a eu l'impression
d'en trouver une, il l'a plutôt contredite aussitôt
après. Il ne l'a pas fait comme un jeu, ou même comme
une sorte d'exercice intellectuel où on reposerait la même
question et on répondrait différemment par habileté,
mais agilité d'esprit, mais il l'a fait comme une sorte de
quête au sens presque religieux du mot, et avec une souffrance,
avec une douleur qu'on sent, je trouve, très bien dans tous
ses films.
Vous savez sans doute que l'on a l'habitude de diviser l'oeuvre
filmé de Jean-Luc Godard en plusieurs périodes : la
période de la Nouvelle Vague jusqu'en 1967, la période
politique, la période video, la période du retour
au cinéma, la période des essais filmés… Cette
division est justifiée, elle correspond à une réalité.
En même temps, cette question "à quoi sert
le cinéma " traverse toutes ces périodes,
et se reformule de manière différente, jusqu'aux films
les plus récents
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